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Créer bio, c’est pas coton

Pour la quatrième année consécutive, Awa et son association, Routes du Sud, ont organisé le Festival Daoulaba*, du 5 au 7 mars. Trois journées de débats, de musique et de défilés de mode consacrés au coton et, pour cette édition, à  celles qui le produisent. Raison pour laquelle le festival a été délocalisé à  Koulikoro (sur les bords du fleuve Niger) et dans le village de Chà´. « Continuer à  le tenir à  Bamako n’avait plus de sens », affirme Awa.


La quatrième édition du Festival Daoulaba s’est tenue du 5 au 7 mars. Une initiative de la styliste Awa Meà¯te, qui cherche à  promouvoir le coton bio au Mali.

Rien, si ce n’est sa nationalité malienne, ne la prédisposait à  s’intéresser à  la production du coton. Pure citadine qui a grandi à  Bamako et étudié à  New York, Awa Meà¯te aurait dû àªtre architecte €“ si elle avait écouté ses parents €“ ou sociologue €“ si elle avait poursuivi ses études après l’obtention de son BA (Bachelor of Arts, bac + 4). Aujourd’hui, cette styliste reconnue a fait du coton plus que son métier€‰: une philosophie. Sa robe, ses bijoux €“ jusqu’à  sa carte de visite ornée de bouts de coton tissé €“ sont là  pour le démontrer.

Pour la quatrième année consécutive, Awa et son association, Routes du Sud, ont organisé le Festival Daoulaba*, du 5 au 7 mars. Trois journées de débats, de musique et de défilés de mode consacrés au coton et, pour cette édition, à  celles qui le produisent. Raison pour laquelle le festival a été délocalisé à  Koulikoro (sur les bords du fleuve Niger) et dans le village de Chà´. « Continuer à  le tenir à  Bamako n’avait plus de sens », affirme Awa.

Donner un sens à  sa vie€‰: voilà  ce qui la guide depuis toujours. Une manière comme une autre, peut-àªtre, de « tuer » la mère €“ la célèbre intellectuelle Aminata Traoré. « C’est génial d’àªtre sa fille. Mais je n’ai pas envie qu’on s’intéresse à  moi parce que c’est ma mère. » Choyée durant son enfance, Awa a sans cesse tenté de tracer sa voie. Quand elle est revenue des à‰tats-Unis à  l’à¢ge de 22 ans, elle a pris son sac à  dos et, six mois durant, a découvert un pays qu’elle ne connaissait pas€‰: le sien. « C’était à  la fois très dur et d’une richesse incroyable. J’ai découvert l’état du milieu rural, que je n’avais jamais cà´toyé. »

Quàªte d’alternative

à€ son retour à  Bamako, Awa s’essaye à  la peinture, vend €“ à  sa grande surprise €“ ses tableaux, puis se lance dans le design€‰: elle conçoit des vàªtements, des bijoux, des sacs à  main, du mobilier€¦ Des créations made in Mali, comme ces colliers de coton taille XXL. « J’utilise les outils de fabrication traditionnels pour créer des objets modernes », précise-t-elle.

En 2009, elle retrouve la brousse. « Je cherchais du coton bio pour mes créations. Sur les conseils d’un ami, je me suis rendue à  Chà´ o๠j’ai rencontré des femmes totalement démunies. » Elle leur dit qu’elle n’a pas beaucoup d’argent mais qu’elle veut travailler avec elles. « Les villageois m’ont répondu « oui » alors que je ne leur apportais aucune assurance€¦ » Le village lui offre un hectare de terre à  cultiver et un autre pour la construction d’un centre de formation. L’idée€‰: encourager les femmes à  transformer elles-màªmes ce qu’elles produisent €“ en tissus, en bijoux, en vannerie.

Aujourd’hui, 150 femmes de Chà´ travaillent avec Awa, et plusieurs villages voisins veulent participer au projet. Un moyen d’assouvir sa permanente « quàªte d’alternative ». De soulager sa conscience, aussi. « Je ne vais pas mentir. En faisant cela, je trouve une satisfaction morale. Ces gens, je ne les aide pas, c’est moi-màªme que j’aide€¦ »

*www.doualo.org

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